L’alternance des couleurs


Exposition individuelle - Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, Montréal (CA)  
2025



(FR)            Le projet d’exposition L’alternance des couleurs, présenté à la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, prend naissance dans une période de fragilité psychologique vécue par Clara à la suite de la pose d’un implant contraceptif sous-cutané. L'apparition de symptômes coïncide avec l'arrivée de ce nouvel objet dans son corps, sans qu'il soit toutefois possible d'établir un lien de causalité. Cette zone d'incertitude devient le point de départ de la recherche.

Afin de mieux comprendre les transformations qui s'opèrent en elle, l'artiste met en place un protocole quotidien inspiré de la méthode symptothermique. Cette méthode de contraception naturelle repose notamment sur la prise de la température corporelle basale au réveil afin d'identifier l'ovulation. Bien que l'implant empêche celle-ci, son médecin lui indique que les variations de température corporelle devraient néanmoins demeurer perceptibles.

Chaque matin, Clara mesure sa température. Chaque soir, elle consigne l'émotion qui a le plus marqué sa journée. Jour après jour, les données s'accumulent dans l'espoir de révéler une logique, de faire apparaître une relation entre les fluctuations du corps et celles de l'esprit. Les relevés de température et les émotions sont ensuite traduits en chartes chromatiques, donnant naissance à une série de calendriers réalisés à partir de tissus de coton teints. L'oeuvre participative Comment ça va? prolonge cette démarche en invitant le public à reproduire ce protocole d'observation de soi.

On considère généralement que la température corporelle basale moyenne est de 36,6 °C, bien qu'elle varie selon de nombreux facteurs, notamment l'heure de la journée, l'âge, l'activité physique, les émotions, le cycle menstruel, certaines méthodes contraceptives ou encore la maladie.

Le protocole emprunte ainsi les codes de l'observation scientifique : mesurer, compiler, comparer, classer. Pourtant, plus les données s'accumulent, plus elles résistent à l'interprétation. Les variations observées ne permettent jamais d'établir une corrélation stable entre les états du corps et ceux de l'esprit. L'artiste choisit finalement de faire retirer l'implant, sans jamais pouvoir déterminer s'il était véritablement à l'origine de son état.

Les calendriers produits durant cette période ne constituent pas la preuve d'une hypothèse, mais l'archive d'une tentative de compréhension. Ils témoignent d'un désir profondément humain : celui de rendre intelligible ce qui nous traverse. En traduisant des mesures physiologiques et des états affectifs en compositions colorées, L'alternance des couleurs interroge les limites de la donnée objective face à l'expérience vécue. Entre protocole expérimental, journal intime et système de classification, l'exposition révèle autant ce que les chiffres rendent visible que ce qu'ils laissent irrémédiablement dans l'ombre.



(EN)            L’alternance des couleurs, presented at the Notre-Dame-de-Grâce Cultural Centre, emerged from a period of psychological vulnerability experienced by Clara following the insertion of a subdermal contraceptive implant. The onset of symptoms coincided with the presence of this new object in her body, although no causal relationship could ultimately be established. This uncertainty became the starting point of the project.

In an effort to better understand the transformations taking place within her, the artist developed a daily protocol inspired by the symptothermal method. This natural contraceptive method relies, among other indicators, on measuring basal body temperature upon waking to identify ovulation. Although the implant suppresses ovulation, her physician explained that fluctuations in basal body temperature should nevertheless remain detectable.

Each morning, Clara recorded her body temperature. Each evening, she noted the emotion that had most defined her day. As the days passed, these observations accumulated in the hope of revealing an underlying logic—a relationship between the fluctuations of the body and those of the mind. The temperature readings and emotional states were then translated into chromatic charts, giving rise to a series of calendars composed of dyed cotton fabrics. The participatory work How Are You? extends this investigation by inviting visitors to carry out the same protocol of self-observation.

Basal body temperature is generally considered to average 36.6°C (97.9°F), although it naturally fluctuates according to numerous factors, including the time of day, age, physical activity, emotional states, the menstrual cycle, certain contraceptive methods, and illness.

The protocol adopts the conventions of scientific observation: measuring, recording, comparing, and classifying. Yet the more data accumulates, the more it resists interpretation. The recorded variations never establish a stable correlation between the states of the body and those of the mind. Clara ultimately chose to have the implant removed, without ever being able to determine whether it had truly been the source of her condition.

The calendars produced during this period do not constitute evidence in support of a hypothesis, but rather the archive of an attempt to understand. They bear witness to a deeply human desire: to make sense of what moves through us. By translating physiological measurements and emotional states into chromatic compositions, The Alternation of Colours questions the limits of objective data when confronted with lived experience. Situated between experimental protocol, personal diary, and classificatory system, the exhibition reveals not only what numbers are capable of making visible, but also what they inevitably leave in the shadow